Enjeux et travaux

Enjeux et travaux

Les membres de la TCRLSP ont établi cinq priorités sur lesquelles portera le travail de concertation.

1. Conservation des milieux humides et de la biodiversité

Reconnus comme site RAMSAR en 1998 et classés comme Réserve mondiale de la biosphère  depuis 2001, le lac et son archipel constituent une zone humide d’importance internationale. De plus, les différents milieux écologiques qui composent ce site unique accueillent une biodiversité faunique et floristique d’une richesse exceptionnelle. Cependant, l’empiétement des activités humaines sur les milieux naturels et la pollution ont mené à d’importantes pertes d’habitats et à la dégradation de l’intégrité de l’écosystème. L’effondrement de la population de perchaudes est d’ailleurs un indicateur probant de l’état de santé préoccupant du lac Saint-Pierre.

Marécage arboré

Dans le but de mettre en valeur les ressources du lac Saint-Pierre, ce fleuron du patrimoine naturel québécois, les membres de la TCRLSP et le gouvernement sont d’avis qu’il faut protéger les milieux aquatiques et riverains des pressions anthropiques, de même que restaurer les habitats fauniques, notamment celui du poisson. C’est pourquoi la table a organisé un comité de travail portant sur la conservation des habitats et de la biodiversité rattachés aux milieux humides en collaboration avec la Coopérative de solidarité de la Réserve de la biosphère.

Au sein de ce comité, les acteurs locaux de l’aménagement ont analysé la situation et dégagé des problématiques, pour ensuite proposer une liste d’orientations et d’actions qui visent trois axes : le rétablissement de la population de perchaudes, l’efficacité des aménagements fauniques et la conservation de l’intégrité écologique du lac. Les représentants des membres de la TCRLSP se sont par la suite réunis pour se concerter sur les propositions issues du comité et, au final, le résultat de ce travail a été incorporé au plan de gestion intégrée régional (PGIR) qui est toujours en évolution.

2. Gestion du territoire et des pratiques agricoles dans la zone littorale

Les terres riveraines situées près du lac Saint-Pierre et dans l’archipel sont fréquemment ennoyées lors de la crue printanière. Ce territoire forme d’ailleurs la plus grande plaine d’inondation d’eau douce du Québec. Ainsi, étant donné le relief aplani du site, le littoral du lac Saint-Pierre — c’est-à-dire la zone inondée en moyenne une fois tous les deux ans — couvre une superficie d’environ 200 kilomètres carrés. Or, de nombreux chercheurs et spécialistes estiment que l’utilisation humaine de la plaine inondable, notamment la pratique de l’agriculture qui s’est intensifiée depuis les années 1980, représente un facteur prépondérant dans le déclin de la capacité de support de l’écosystème du lac Saint-Pierre. En outre, plusieurs autres activités humaines se partagent l’utilisation de cette zone : réseau de transport, résidences et services municipaux, industries et commerces, récréotourisme, aménagements fauniques, etc. Devant cette cohabitation parfois problématique entre les fonctions naturelles du milieu et les activités humaines, il devient primordial que la TCRLSP favorise la gestion durable du territoire du littoral.

Cours d'eau en milieu agricole

Les consultations publiques lors du Forum TCRLSP 2015, qui avaient pour thème cet enjeu, ont d’ailleurs permis de dégager certaines orientations qui ont mené à la mise sur pied d’un comité de travail spécifique. Ce comité, qui vise la protection et la restauration des fonctions naturelles du littoral dans une perspective de cohabitation agriculture-faune, avait pour mandat de proposer aux membres de la TCRLSP un plan d’action à court, moyen et long termes. Le plan d’action, qui a été adopté en 2016 par la TCRLSP, devrait favoriser le rétablissement de la population de perchaudes, tout en reconnaissant la valeur des activités agricoles qui se tiennent dans la plaine inondable.

3. Amélioration de la qualité de l’eau

Dernière réserve d’eau douce avant l’estuaire fluvial, le lac Saint-Pierre possède un immense bassin versant et occupe une position stratégique au milieu d’importants centres urbains, industriels et agricoles. On le surnomme d’ailleurs parfois les « reins du Saint-Laurent », car ses tributaires directs drainent une grande superficie et qu’il reçoit les effluents provenant des nombreuses municipalités et industries situées en amont. En fait, près de 75 % de la population québécoise habite dans le bassin versant du lac Saint-Pierre, dont 25 % dans les bassins versants des tributaires directs.

Bassins versants du lac Saint-Pierre

On estime que la qualité de l’eau de plusieurs tributaires directs du lac laisse toujours à désirer, principalement en raison des rejets des réseaux urbains en temps de pluie, de la toxicité de certains effluents et des apports polluants de sources diffuses agricoles. En effet, la forte proportion de territoire agricole et la dominance des cultures annuelles dans certains bassins exercent une forte pression sur les milieux aquatiques.

La qualité de l’eau du lac Saint-Pierre est donc menacée sous plusieurs aspects : excès de nutriments, forte turbidité, présence de bactéries et de nombreux pesticides, émergence de certains contaminants comme les produits pharmaceutiques, etc. Ainsi, des efforts additionnels sont requis de la part des acteurs de l’eau afin de préserver les acquis et d’accroître davantage la qualité de l’eau du fleuve. Il s’agit d’une priorité pour les membres de la TCRLSP, car ceux-ci souhaitent améliorer l’intégrité des écosystèmes aquatiques, de même que préserver la santé humaine et la pérennité des activités récréatives en lien avec la ressource en eau. Cet enjeu fait, lui aussi, l’objet d’un comité de travail.

4. Promotion d’une navigation et d’un nautisme durables

La navigation commerciale et la plaisance sont deux usages majeurs au lac Saint-Pierre. D’une part, le chenal de navigation, qui fait 11 mètres de profondeur, est un passage obligé pour accéder au port de Montréal , cette plaque tournante si importante pour l’activité économique québécoise. Plus précisément, c’est près de 5000 navires commerciaux qui transitent au lac Saint-Pierre tous les ans, les cargaisons principales variant entre le minerai de fer, le charbon, le ciment et les céréales. D’autre part, plus de la moitié des activités touristiques proposées dans la région touchent la navigation de plaisance. D’ailleurs, le lac Saint-Pierre fait partie du réseau de stations nautiques  de l’Association maritime du Québec.

Marina de Nicolet

Compte tenu de l’accroissement anticipé du trafic maritime et en raison du fait que le creusage du chenal de navigation a déjà fortement modifié le profil du lac, la gestion durable de l’industrie maritime devient un enjeu majeur. De nombreux défis et problématiques en rapport avec la navigation et le nautisme ont d’ailleurs été identifiés par les membres de la TCRLSP : impact du batillage sur l’érosion des berges; sensibilisation des plaisanciers à propos de leurs pratiques et de la cohabitation avec les citoyens riverains; inclusion des préoccupations locales à la Stratégie maritime du Québec; prévention de l’introduction d’espèces exotiques envahissantes; sécurité maritime, notamment en ce qui concerne le transport de produits pétroliers; mise en valeur des attraits du lac et des accès publics.

Un comité de travail sera donc mis en place, car il est important que les acteurs s’interrogent sur ces questions et dégagent une vision commune qui concilie les usages de la navigation avec les autres priorités de la TCRLSP.

5. Gestion écologique des niveaux d’eau

Le débit et le régime hydrologique du fleuve Saint-Laurent dépendent essentiellement des conditions climatiques, lesquelles entraînent des fluctuations en fonction des saisons et d’une année à l’autre. Outre les facteurs naturels, le débit du fleuve — et donc les niveaux d’eau au lac Saint-Pierre — est également soumis aux effets de l’intervention humaine. En effet, de nombreuses infrastructures influencent le débit du Saint-Laurent et de ses tributaires, les deux principales étant le barrage hydroélectrique Moses-Saunders à Cornwall et la centrale de Carillon sur la rivière des Outaouais.

Une régularisation s’effectue donc en amont de Montréal pour des besoins, entre autres, de navigation, d’hydroélectricité et de contrôle des inondations. Celle-ci a pour effet d’atténuer les niveaux d’eau extrêmes en les réduisant lors de la crue printanière, pour les augmenter à l’automne et en hiver. En outre, l’eau en provenance du lac Ontario est soumise à un plan de régularisation qui date des années 1960, mais on s’attend à ce que la Commission Mixte Internationale (CMI) mette en place un nouveau plan dans les prochaines années.

Débit moyen journalier du Saint-Laurent à la station de Sorel entre 1960 et 1997

Débit moyen journalier du Saint-Laurent à la station de Sorel entre 1960 et 1997. La figure présente les débits calculés ainsi que les débits simulés sans l’effet de la régularisation des Grands Lacs et de la rivière des Outaouais (source).

Les variations de niveaux d’eau affectent les habitats fluviaux, les espèces qui y vivent, de même que la morphologie des rives. Ces effets sont particulièrement prononcés au lac Saint-Pierre en raison de l’étendue de la plaine inondable. Par conséquent, il est important que la TCRLSP prenne en compte les impacts de cette régularisation, de même que l’évolution du régime du Saint-Laurent en fonction des changements climatiques, car une gestion optimale des niveaux d’eau demeure essentielle à la pérennité des usages récréatifs et à la préservation des écosystèmes aquatiques et riverains.

Pour en savoir davantage sur la teneur des concertations, de même que sur les enjeux de gestion intégrée et l’état de santé du lac Saint-Pierre, vous êtes invités à consulter les liens suivants: