Son histoire

Le 29 juin 1603, Samuel de Champlain aurait découvert ce qu’on appelle aujourd’hui le lac Saint-Pierre. Sa découverte correspond au jour de la fête de saint Pierre. Pourtant, le nom n’aurait été utilisé qu’à partir de 1609 pour rester dans l’usage.

Pourtant, il a porté d’autres noms. Du temps de Jacques Cartier, il aurait porté le nom de lac d’Angoulême, en l’honneur d’un fils du roi François 1er. Nous ne savons pas qui l’aurait nommé ainsi ni même pourquoi le nom n’a pas été retenu. Quant aux Abénaquis, bien avant l’arrivée des premiers colons, ils l’appelaient Nebesek, ce qui signifie tout simplement « au lac ».

Bien avant la colonisation, les autochtones se réunissent au lac Saint-Pierre. Les rivières qui s’y jettent sont des voies de communication pratiques. Les tribus affluent de partout pour troquer vêtements, ustensiles de cuisine et armes de chasse. Ils installent leur camp chaque été sur les berges fertiles du lac pour y pratiquer l’agriculture. Toutefois, la pêche reste importante. Elle l’est tellement pour les Algonquins de la région qu’on les surnomme les Esturgeons!

Naissance de la communauté d’Odanak

Vers 1700, des Abénaquis s’établissent au bord de la rivière Saint-François pour constituer la communauté d’Odanak. La chasse, la pêche, la cueillette de petits fruits ainsi que l’agriculture sont alors leurs moyens de subsistance. Ils pratiquent aussi la vannerie : l’art de fabriquer des paniers tressé en frêne et en foin d’odeur. Longtemps utilitaire, leur art devient une industrie florissante et un moyen de subsistance pour plusieurs. Jusqu’aux années 1940, ils partent vers les États-Unis pour vendre leurs paniers dans des lieux touristiques. Toutefois, l’arrivée du plastique après la Seconde Guerre mondiale fait dépérir leur commerce.

Aujourd’hui encore, quelques femmes d’Odanak pratiquent cet art et lèguent leur savoir-faire ancestral aux nouvelles générations.

Au 17e siècle, les premiers colons utilisent les nombreuses rivières menant au lac Saint-Pierre comme moyen de transport pour aller chasser ou pêcher. Puis, peu à peu, ils s’établissent sur les berges. Des groupes se forment à Nicolet et Baie-du-Febvre, mais la population stagne. En effet, 50 ans plus tard, les deux villes comptent seulement 12 et 29 familles respectivement.

Au fil du temps, de nouvelles familles sont attirées par les terres fertiles du lac Saint-Pierre. Après tout, elles le sont plus que celles de Québec! Toutefois, elles ont du pain sur la planche. La première année, elles défrichent la terre. Le bois récolté sert alors à construire leur maison. Par ailleurs, elles se nourrissent de gibier sauvage et de poissons puisque la terre n’est pas encore labourée. Les années suivantes, elles cultivent principalement des champs de céréales.

En 1790, il y a près de 20 000 personnes habitant autour du lac Saint-Pierre. Cinquante ans plus tard, elles sont quatre fois plus nombreuses à y résider!

Jusqu’au milieu du 19e siècle, la chasse, la pêche, l’agriculture et l’exploitation de la forêt constituent les bases de l’économie régionale. Cette dernière se modifie après l’établissement des Forges du Saint-Maurice en 1730 et le développement de l’industrie forestière après 1820.

L’agriculture

De la fin du régime français jusqu’en 1830, l’agriculture est le premier moyen de subsistance des colons. Le blé est la culture par excellence, mais d’autres céréales sont aussi cultivées, dont l’orge, l’avoie, le seigle et le sarrasin. Grâce aux qualités du sol, la région devient le grenier du Bas-Canada. Toutefois, l’arrivée du chemin de fer et la concurrence de l’Ouest canadien imposent une réorientation. Les terres deviennent des pâturages alors que beurreries et fromageries se multiplient dans les villages. Depuis une cinquantaine d’années, on assiste toutefois à un retour graduel de la production céréalière.

La pêche commerciale

De 1960 à 1990, la perchaude est l’une des espèces les plus prisées de la pêche commerciale. D’autres espèces sont également pêchées, comme l’esturgeon jaune, la barbotte brune et l’anguille d’Amérique. La ressource diminue considérablement, si bien que le nombre de permis passe de 42 à seulement 6 pendant les années 2000. En effet, un programme est mis en place pour racheter ces permis commerciaux. En 2012, un moratoire interdit carrément la pêche commerciale et sportive de la perchaude pour aider les populations à se relever. Ce moratoire est reconduit en 2018.

Les autres industries

Le 19e siècle marque un tournant dans le développement régional. Plusieurs municipalités connaissent une certaine prospérité grâce à l’implantation d’industries, à la construction du chemin de fer et à la naissance d’une industrie laitière. En milieu rural se développent des industries légères, comme les textiles et les meubles.

Les pâtes et papiers, connexes aux activités forestières, se concentrent à Trois-Rivières alors que Sorel se spécialise dans l’industrie métallurgique. En effet, la présence de chantiers maritimes actifs depuis la fin du 18e siècle entraîne l’implantation de l’industrie métallurgique et des équipements lourds. Ces chantiers sont à la base du développement industriel de la région ouest du lac Saint-Pierre.

De 1760 à 1830, l’agriculture constitue le premier moyen de subsistance des colons.

Le blé

Le blé est la culture par excellence! Elle est parfaite pour produire la farine vendue en grandes quantités à l’Angleterre. Sur la rive sud, la farine est chargée sur les bateaux au quai de Saint-Ours, sur la rivière Richelieu. Sur la rive nord, les plus gros marchés se situent à Berthier et à Louiseville.

Les autres cultures

D’autres céréales sont également cultivées, dont l’avoine qui se commercialise autant que le blé vers 1830. Notons aussi l’orge, le seigle et le sarrasin. Certaines céréales, comme l’orge, l’avoine et le seigle, sont principalement destinées aux animaux. Toutefois, lorsque les récoltes de blé sont mauvaises, les gens consomment du pain de seigle.

Les colons font aussi pousser des pois et des fèves pour l’hiver, du lin pour fabriquer des vêtements et du chanvre pour tresser les cordages des bateaux à voile.

La transformation de l’industrie

Vers 1850, l’arrivée du chemin de fer et la concurrence de l’Ouest canadien impose une réorientation au Québec comme au lac Saint-Pierre. Les terres se transforment en pâturages alors que beurreries et fromageries se multiplient dans les villages.

Qu’est-ce qu’une commune, ou pâturage communal?

Une commune, ou pâturage communal, est une terre concédée par un seigneur à un censitaire en échange d’une redevance. Cette pratique est l’une des seules du régime seigneuriale conservées au lac Saint-Pierre. Bien entendu, les communes se sont transformées en corporation avec président et syndics au cours du siècle dernier.

Aujourd’hui, les dernières communes existantes au Québec sont dans l’archipel du lac Saint-Pierre, comme le pâturage communal de l’île du Moine. L’accès est offert à quiconque possède ou loue le droit de commune. Ainsi, chaque été, ils sont plusieurs cultivateurs à conduire vaches, moutons ou chevaux dans les îles pour se prévaloir de ce droit.

Retour à la culture céréalière

Depuis une cinquantaine d’années, on assiste à un retour graduel de la production céréalière. Les foins et pâturages sont reconvertis en culturelles annuelles.

Avec sa faible profondeur de 3 m, le lac Saint-Pierre empêche la navigation entre l’océan Atlantique et Montréal. D’ailleurs, au temps des premiers colons, la navigation océanique s’arrête à Québec. Le voyage vers Montréal se poursuit par cabotage avec canots, voiliers, petits bateaux ou autres. c’est le seul moyen de poursuivre la navigation commerciale vers l’intérieur du Canada et ainsi collaborer au développement économique du pays!

Saviez-vous qu’en 1535, Jacques Cartier a dû abandonner son plus petit navire, L’Émérillon? Il a poursuivi sa route vers Montréal à bord de petites barques avec son équipage.

Pétition pour augmenter la capacité de transport en amont de Québec

Au début du 19e siècle, plusieurs veulent augmenter la capacité de transport en amont de Québec. En 1826, les commerçants de Montréal acheminent une pétition au ministère des Travaux publics. Ils y expliquent que l’état naturel du chenal de navigation du fleuve Saint-Laurent est une entrave majeure au développement économique de la ville. Ils revendiquent donc son approfondissement pour permettre aux navires d’atteindre Montréal. Toutefois, malgré leurs revendications, les techniques de dragage de l’époque sont trop rudimentaires.

Arrivée des machines à vapeur

L’arrivée des machines à vapeur permet de procéder aux travaux puisqu’elles ont une plus grande capacité de dragage. Toutefois, avant de commencer, l’hydrographe Henry Wolsey Bayfield conçoit la première carte marine moderne du lac Saint-Pierre. Le constat en 1831 : une portion peu profonde sur toute la partie centrale du lac avec des bassins plus profonds en amont et en aval. C’est en 1841 qu’est prise la décision de draguer un chenal droit dans le fleuve Saint-Laurent pour permettre aux navires d’atteindre les Grands Lacs d’Amérique du Nord.

Dragage d’une tranchée artificielle

En 1844 débutent les premières interventions humaines très controversées pour creuser une tranchée artificielle. Les résidus du dragage sont abandonnés le long de cette tranchée… Et les travaux se poursuivent pendant tout le 19e siècle en plusieurs étapes successives. Chaque intervention augmente les dimensions du chenal navigable, la largeur comme la profondeur. En fin de compte, le lac Saint-Pierre a été dragué sur presque toute sa longueur d’environ 30 km. Le travail se poursuit au 20e siècle par plusieurs autres séquences qui élargissent et approfondissent le chenal maritime.

Aménagement de cinq réservoirs et autres installations

Dans les années 1930, le ministère de la Marine et des Pêcheries du Canada aménage cinq réservoirs entre certains chenaux des îles de Sorel. Résultat : un accroissement du niveau d’eau jusqu’au port de Montréal et un débit plus rapide dans le chenal principal. De plus, d’autres ouvrages saisonniers et permanents sont installés pour mieux gérer les glaces au printemps. Ces barrages favorisent d’ailleurs la reproduction de plusieurs espèces de poissons. Toutefois, en période d’étiage, soit lorsque le niveau d’eau est le plus bas, les seuils diminuent l’alimentation en eau de certains chenaux. Ainsi, la circulation des embarcations de plaisance s’en trouve limitée.

Inauguration de la voie maritime

En 1959, la voie maritime est officiellement inaugurée en présence de la reine Elizabeth II et du président des États-Unis Dwight Eisenhower.

Poursuite des travaux

Après l’inauguration, d’autres travaux d’entretien et d’agrandissement majeurs sont effectués. D’ailleurs, la période de 1952 à 1998 est l’une des plus importantes en termes de travaux au lac Saint-Pierre. Quant aux sédiments, ils sont déplacés après plus de 150 ans de travaux. On parle alors de centaines de millions de mètres cubes de sédiments.

Saviez-vous que les changements sont tellement grands qu’on ne connaît plus la forme du lit du lac Saint-Pierre à l’état naturel ni même les conditions initiales des courants et des niveaux d’eau?

Coordonnées
  • 30, chemin de la Grande-Carrière
  • Louiseville, QC, J5V 2J7
  • Téléphone : (819) 228-1384
  • Courriel : info@comiteziplsp.org
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